Dimanche 16 octobre 2005
UN VERITABLE ESPOIR : FAIRE DE L’ECOLOGIE POLITIQUE UNE DYNAMIQUE DE RECONSTRUCTION POLITIQUE Durant de longues années, j’ai pensé que l’écologie pouvait être de droite ou de gauche. Le vote de lois de protection de l’environnement par des gouvernements de droite comme par des gouvernements de gauche, une vision patrimoniale de l’environnement orientée sur la défense des paysages, des sites et des monuments historiques pouvaient faire illusion. L’évolution contemporaine est sans ambiguïté. La politique menée depuis 2002 démontre qu’écologie et gouvernement de droite sont incompatibles, celui-ci mettant tout en œuvre pour amenuiser voire supprimer la plupart des contraintes environnementales encore en vigueur. Les envolées lyriques sur la maison qui brûle ne font plus illusion, tant l’essence a été répandue pour attiser le feu. Même Nicolas HULOT, inspirateur, défenseur et surtout longtemps caution de la dimension écologique de Jacques CHIRAC, n’ose plus soutenir une succession de décisions indéfendables ! Mais cet exemple n’est pas le seul. George BUSH, ardent défenseur des pétroliers, agro-semenciers et autres contributeurs massifs aux gaz à effet de serre, illustre de manière plus directe la même politique : la croissance maintenant et tout de suite, sans contrainte et sans prise en compte du long terme. La gauche défend, elle, le développement durable au sens fort du terme. Il suffit de regarder qui vote quoi au Parlement européen pour constater que la droite vote globalement contre les directives environnementales, les sociaux-démocrates pour : OGM, directive Reach, responsabilité environnementale en témoignent. Pour autant, on ne peut que constater l’aversion de la gauche scientiste, pro-nucléaire, pro OGM, pour le principe de précaution et les principes du droit de l’environnement ou encore l’absence de sensibilité du Parti Communiste sur le sujet, ce qui exclut que l’écologie puisse être cataloguée à gauche. S’y ajoute une forme de captation de la crise écologique par l’extrême gauche qui en fait avant tout une arme de guerre anti-capitaliste et anti-mondialiste, transformant l’écologie en prétexte et en levier révolutionnaire. N’étant ni de droite, ni de gauche, l’écologie politique transcende l’un et l’autre, car elle doit emprunter à l’un et à l’autre. L’incapacité dans laquelle nous nous trouvons de trouver à la fois la théorie politique et les outils politiques et économiques adéquats tient à l’obligation de changer de langage et de concepts pour penser le monde et le conserver, à défaut de le transformer. La particularité de l’écologie est de savoir où il faut aller et d’offrir une alternative –la seule vraie alternative- à une pensée politique vide dont les mots n’ont plus qu’un lointain rapport avec la réalité de la situation. L’hyperpuissance symbolisée par les Etats Unis, mais dont rêve une partie de l’Europe et de l’Asie, qui se moque de la disparition des ressources, de la crise sanitaire et de l’effet de serre, envisage son futur ailleurs que dans l’humanité : dans d’autres planètes comme Mars ou dans la mutation de l’espèce sous forme de clonage, d’artefacts ou même de mutation induite par la transformation des milieux. Dans cette conception, l’homme démiurge s’autorise tout puisqu’il ne connaît plus de limites, ni morales, ni techniques. La pensée écologique est avant tout un humanisme, une volonté de remettre la vie et le système dans lequel elle s’insère comme un absolu, une nécessité au sens philosophique du terme. Si la survie de l’humanité constitue un impératif au sens kantien, alors la politique et l’économie doivent lui être subordonnées. Cela signifie que l’économie doit devenir une éco-économie dans laquelle la réutilisation des matières premières et la réduction drastique des gaz à effet de serre deviennent la priorité. A l’instar du gouvernement hollandais qui fait de ce critère le premier avant la demande des consommateurs ou l’intérêt financier. En réalité, le projet écologique, qui pourrait être celui d’un développement vraiment durable , qui ne servirait pas d’alibi aux politiques économiques actuelles, apparaît comme le seul projet réellement porteur d’espoir , car il est triplement structurant : - sur le plan économique, en donnant une direction claire aux développements industriels à attendre, en canalisant la recherche développement, en en réorientant la politique énergétique - sur le plan politique, en redonnant un cœur et une âme à la construction européenne, lui permettant d’être la dynamique en interne et en externe de cette révolution - sur le plan des valeurs, en permettant en particulier à nos jeunes, qui ne veulent plus voir se cumuler les obstacles, de construire leur propre avenir. Comment en effet leur demander l’effort financier que constitue l’assurance de la retraite et de la maladie de leurs aînés alors que ceux ci ne cessent de prendre des décisions qui mettent en péril leur vie future ? Jusqu’à présent, l’écologie politique a échoué, et ce pour deux raisons majeures. - La première est due au discours des partis écologistes. Notre présentation trop catastrophiste, même si ce catastrophisme correspond à une réalité, détourne de notre discours nombre de personnes qui associent angoisse et rétractation, critique d’un modèle et vision strictement négative. Nous ne sommes pas porteurs d’espoirs, nous ne faisons pas rêver. C’est une double erreur. Il ne peut y avoir d’espoir que pour autant qu’il y ait un fondement à cet espoir. Notre analyse, que les faits confirment aujourd’hui, que ce soit sur le plan de la santé publique ou du changement climatique, ouvre la possibilité d’une troisième voie entre la mondialisation ravageuse et court-termiste et l’autre monde des altermondialistes. A nous de démontrer notre capacité à construire un projet politique et économique, qui ne remet pas en cause l’économie de marché, mais au contraire s’appuie sur ses forces pour promouvoir nouvelles entreprises et nouveaux secteurs qui constitueront notre tissu industriel de demain. A nous de démontrer qu’en changeant de critères, en effectuant nos choix publics de manière différente, tant dans la forme que dans le fond , nous pouvons réorienter notre société sans la détruire et sans faire du « tout fric » l’instrument unique de mesure. - La seconde est partagée par tous les partis politiques et par la structuration du débat lui même. Les partis traditionnels cherchent à cannibaliser, pour partie, les propositions des écologistes, à la fois pour satisfaire une partie de l’électorat et pour essayer de vider de l’intérieur un système de pensée dont ils sentent confusément qu’il est porteur à terme, de leur remise en cause. Dans le meilleur des cas, faire semblant est devenu un objectif ; dans le pire des cas -que nous vivons aujourd’hui- en parler pour mieux s’y opposer est un principe actif de gouvernement. Et nous, environnementalistes et écologistes avons cru qu’une alliance avec l’un ou l’autre camp était possible, ce qui s’est révélé être un échec la plupart du temps, si ce n’est pour obtenir des miettes d’un gâteau électoral. - de nouvelles institutions mettant fin à la dérive monarchique et affairiste que nous connaissons grâce à une nouvelle constitution équilibrant les pouvoirs , reconnaissant un pouvoir judiciaire indépendant et un état de droit, un Parlement doté de réels pouvoirs de contrôle et une représentation de la société civile dans un Conseil qui ne serait plus une retraite dorée pour battus du suffrage universel ou un remerciement pour services rendus ; une République, fière des valeurs qu’elle porte et décidée à les défendre contre une menace intégriste, qui pour être rampante n’en est pas moins menaçante, en particulier pour les femmes. - Une relance du projet européen, seule utopie réaliste, permettant de concilier une puissance économique et politique à l’échelle du monde avec une vision humaniste et solidaire du développement - Une analyse sans complaisance des conséquences positives et négatives de la libéralisation des échanges nous permettant de sortir de notre ornière , de notre dette publique abyssale pour offrir de vraies perspectives d’emplois et d’épanouissement à nos concitoyens et en particulier aux plus jeunes d’entre eux . Aussi, plutôt que de rechercher des alliances dans le passé, pourquoi ne pas chercher à réunir tous les courants et toutes les personnalités convaincues que le temps est venu de dépasser des lignes de partage politique obsolètes afin de réunir leurs forces pour oser le changement démocratique qui s’impose. Corinne Lepage Présidente de CAP 21 Ancienne ministre 8 septembre 2005 www.cap21.net
Par LEPAGE - Publié dans : cap21-languedoc-roussillon
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